Publicité
La communauté de l'anneau

volff - Fotolia.com
7 h 43. Le monsieur qui se présente à l’accueil a le look parfait du chercheur de champignons ; les fesses en arrière, le dos incliné à 30°, il jette des coups d’œil à droite et à gauche, furtivement. Je suis surpris, car la présence de girolles dans le service est un phénomène exceptionnel.
Mais, brusquement, je réalise que notre visiteur ne possède ni panier, ni bâton pour écarter les feuilles mortes… Son arrivée à l’hôpital est peut-être motivée par une toute autre perspective. Je me renseigne.
– Bonjour monsieur, vous désirez ?
Sa réponse est laborieuse et timide. Il a l’air aussi à l’aise qu’un taliban dans une réunion Tupperware.
– Euh… J’ai une douleur mal placée… Je n’arrive plus à uriner…
Secret. Apparemment, il n’a pas trop envie d’utiliser un mégaphone. Je le fais donc rentrer dans une salle adaptée à la situation. Il est un peu jeune pour avoir la prostate en détresse, mais ça sent quand même le sondage urinaire à deux kilomètres. Afin de vérifier la justesse de mon odorat, je l’invite à se déshabiller, avant de l’installer sur la table d’examen. Cet exercice, somme toute banal pour un homme de son âge, lui arrache un rictus de souffrance.
Une fois allongé, il rechigne à enlever l’ultime rempart qui m’empêche de visualiser l’épicentre du sinistre. Je désamorce son angoisse en lui rappelant que nous sommes tenus au secret professionnel et que, même sous la torture (quoique…), je resterai muet comme une carpe. Cet argument lève son appréhension et, en étouffant un sanglot, il dévoile l’objet-mystère.
Ce que je découvre me donne envie de consulter un ophtalmo en urgence ; je doute de la réalité du spectacle. Ce qui sort du slip kangourou n’a en effet rien à voir avec l’Australie, mais ressemble plutôt à une saucisse de Francfort encastrée dans un chou-fleur. J’avoue ne pas comprendre.
– Qu’est-ce qui vous est arrivé ?
Le pauvre homme manipule son membre martyrisé et l’incline sur le côté. Ce simple geste s’accompagne d’une grimace de douleur.
– En fait, j’ai voulu faire le malin… Je me suis mis un anneau à la verge pour tenir plus longtemps, une fois en érection… vous comprenez ? »
Bien sûr que je comprends ; certains prennent du Viagra®, d’autres font le coup du boa constrictor. Chacun sa tasse de thé.
Solidarité. Mais le thé infuse depuis un moment (une dizaine d’heures) et si l’on ne fait rien, son OGM (Organe Génital Modifié) risque d’imploser en vol. Je m’éclipse donc, afin de prévenir les autorités compétentes. Tant mieux pour lui ; l’interne de garde est un homme. Nous resterons dans la communauté rassurante de la solidarité masculine.
En attendant qu’il vienne, je retourne auprès de l’Homo erectus. Celui-ci ressent le besoin de parler pour faire diversion. Il me raconte, intarissable, comment il joue au bilboquet avec sa chère et tendre.
– Vous savez… ma femme est pas toujours facile à contenter… et moi, j’ai plus 20 ans…
Une angoisse soudaine me fait calculer mon âge. Cet exercice m’entraîne à prendre la ferme résolution de réserver les anneaux (rangés dans notre buanderie) à l’usage exclusif des rideaux de la salle à manger.
– Et puis, entre nous, on se connaît depuis trop longtemps… et si vous saviez comme elle me saoule, parfois… Alors, dans ces conditions…
Je l’écoute en essayant de prendre un air compatissant. Ce qui relève de l’exploit.
– Moi, je voulais pas le mettre, cet anneau… mais ma femme trouvait ça amusant. J’suis vraiment trop con. Mais elle non plus, elle est pas très fine…
Ben oui, chaud ne veut pas dire forcément cuit…
Ce quart d’heure philosophique est interrompu par l’arrivée de l’interne. Les présentations faites, le zézettologue se penche sur la question avec perplexité. Il fait la même tête qu’une poule venant de trouver un couteau.
Reptile récalcitrant. Ne pouvant atteindre le boa constrictor, caché sous les boursouflures, il se résigne à sortir pour appeler son supérieur hiérarchique. Cette manipulation ratée a un effet dévastateur sur notre patient. Heureusement, la situation se débloque avec l’irruption du médecin anesthésiste. Qui lui parle en essayant de ne pas hurler de rire… Finalement, afin de dompter le reptile récalcitrant dans de bonnes conditions, il décide de muter le Seigneur des Anneaux au bloc opératoire.
Celui-ci, au moment de quitter la salle de soins, se met à transpirer. Il appréhende un peu la suite du programme… Mais son angoisse s’avère sans fondement ; il repartira le lendemain, le dos incliné à 20°, rassuré mais dégoûté à jamais des champignons.
Entre-temps, j’ai le plaisir de croiser sa femme, venant aux nouvelles en fin de matinée. Je l’imaginais en mante religieuse, alors qu’elle est charmante ; aucun fouet ne dépasse de son sac à main. Son discours est très posé, son éducation paraît excellente. Aujourd’hui, manifestement, la matière grise semble l’avoir emporté sur le silicone.
Le reportage que je verrai le soir même (relatant la guerre du Vietnam) confirmera ce que je ressentais jusqu’alors de façon confuse ; il vaut mieux tomber sur une bombe sexuelle que sur une roquette anti-char.
Didier Morisot
+ Sur le même thème
A découvrir
Précis de santé publique et d'économie de la santé, 2e édition
Cet ouvrage présente les différents concepts liés à la santé publique de façon claire et synthétique, en les regroupant en sept parties fonctionnelles.
15.68 € TTC
En savoir plus
Publicité
Les annonces
UN CADRE de SANTÉ CLICHY (92)
UN(E) INFIRMIER(ERE) D.E. Ã temps complet ARNOUVILLE LES GONESSE (95)
UN(E) INFIRMIER(E) TOULON (83)
MEDECIN DU TRAVAIL ET INFIRMIER(E)S SANTE AU TRAVAIL TOULOUSE (31)
Consulter les 133 offres d'emploiQuiz
Testez vos connaissances
A. D’auto-évaluation
B. D’hétéro-évaluation
C. Les deux
D. Aucun outil
Forums
Exprimez-vous et échangez avec vos collègues sur les forumsCadres, infirmières spécialisées, de psychiatrie, scolaires, du travail, participez à nos nouveaux forums!
Tous les sujets de discussion


