23/10/2009 - Pandémie grippale et réalités économiques
Un colloque a réuni à Paris les meilleurs spécialistes de la grippe A(H1N1). Au programme : l’évolution de la maladie en France et l'adaptation du Plan pandémie à la réalité du moment.
Le 22 octobre, le 3e colloque sur la pandémie grippale a été lancé à Paris par la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot. Le plan Pandémie grippale a été élaboré il y a plusieurs années, dès l'apparition des premiers cas de grippe aviaire asiatique, et a nécessité des adaptations lorsque la pandémie d'origine porcine mexicaine s'est déclarée le 24 avril 2009.
Le professeur Claude Hannoun, de l'Institut Pasteur, a rappelé que l'on dispose d'outils efficaces pour lutter tels les moyens de communication, les réseaux de surveillance comme celui des Grog, les vaccins et les antiviraux mais que les liaisons internationales et le développement de l'urbanisation sont des facteurs d'accélération de la transmission. L'hémisphère sud a été touché dès le printemps, ce qui a permis de faire des observations et d'adapter le plan dès que l’Institut de veille sanitaire (InVS) a annoncé que le seuil épidémique était franchi le 9 septembre dernier.
Cas graves en réanimation
Depuis le 28 juillet, c'est la médecine de ville qui prend en charge les grippés. Seuls sont adressés à l'hôpital les cas graves ou personnes à risque connu. Le professeur Pierre Carli, réanimateur et directeur médical du Samu de Paris à l'hôpital Necker, a précisé qu'actuellement, dans la capitale, 46 personnes sont hospitalisées, dont dix pour des cas graves, de 14 à 40 ans (six adultes et quatre enfants), en service de réanimation (intubés et ventilés).
Deux décès sont survenus (patients de 38 ans et 11 mois). Ces patients n'avaient pas tous des facteurs de risque. Les cas graves se manifestent par des syndromes de détresse respiratoire aiguë (SDRA) nécessitant parfois des mises sous oxygénation extra-corporelle. Le professeur François Bricaire, chef de service des maladies infectieuses et tropicales au CHU de la Pitié-Salpétrière à Paris, a rappelé les personnes qui présentent les facteurs de risque : les femmes enceintes, les sujets jeunes, ceux qui présentent des pathologies associées et ceux qui souffrent d'obésité morbide.
Accélaration de la diffusion du virus en Île-de-France
Le docteur Jean Marie Cohen, coordinateur national du réseau des Groupes régionaux d'observation de la grippe (Grog) a signalé qu'en région parisienne, le nombre de cas avait doublé depuis une semaine. Sur le reste du territoire, les consultations pour grippe clinique restent stables, autour de 159 cas pour 100 000 habitants.
Le professeur Bruno Lina, du laboratoire de virologie et pathologie humaine du CNRS de Lyon, a précisé que le taux de reproductibilité du virus est important : une personne infectée en infecte 1,4 à 1,6 en moyenne. Le virus A(H1N1) n'a pas de facteur de virulence mais diffuse très vite. Il excrète plus longtemps qu'un virus classique, jusqu'à neuf jours après la contamination. Le temps d'incubation est de deux jours, et lorsque les symptômes apparaissent, le patient a déjà contaminé son entourage. Les jeunes de moins de 25 ans sont les plus touchés. Les femmes enceintes et les enfants de moins d'un an sont considérés parmi les plus vulnérables face à la maladie.
Des armes efficaces
L'importance de la mise en place de mesures barrières (solutions hydro-alcooliques, masques FFP2, désinfection des surfaces, mouchoirs papier) a été rappelée. Les intervenants du colloque ont insisté sur le rôle préventif de la vaccination, qui reste la meilleure arme contre le virus. Celle des professionnels de santé a débuté le 20 octobre. Elle n'est pas obligatoire mais est néanmoins indispensable pour les soignants des services de réanimation néonatale et pédiatrique, ou ceux qui sont en contact avec des patients à risque.
La vaccination a «une dimension altruiste très forte», avait rappelé Roselyne Bachelot dans sa lettre aux professionnels le 29 septembre dernier (www.grippe.sante.gouv.fr). Pour les non-soignants, le vaccin sera disponible à partir du 6 novembre prochain dans les centres de vaccination organisés dans chaque ville. L'utilisation des antiviraux reste un moyen curatif efficace s'ils sont administrés très tôt après l'apparition des symptômes.
Catherine Hurtaud
Pour en savoir plus :
Les derniers chiffres sur la pandémie : www.invs.sante.fr
Recommandations aux professionnels de santé : www.pandemie-grippale.gouv.fr
Les antiviraux : www.afssaps.fr
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