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27|10|2009

A Nancy, soignants et soignés font scène commune

Au festival de théâtre La Tête ailleurs, du 22 au 24 octobre, infirmières et patients atteints de troubles psychiques ou mentaux se sont donné la réplique.  

Luthinerie

Il est 20 heures. Une foule dense envahit le hall de la salle de spectacles. Sans crier gare, une douzaine de clowns surgissent de toutes parts. «Mais c'est où?», s'interroge l'un des personnages burlesques, qui tente de se frayer un passage au milieu des spectateurs, plutôt surpris par une telle entrée en matière.

Qui se cache derrière le nez rouge? Une infirmière? Un patient? Difficile de le savoir. Et qu'importe. Lorsqu'ils jouent, les membres de la compagnie des Cent Lieux sont avant tout des comédiens. On ne cherche pas à faire tomber les masques car on est vite emporté par le jeu.

Tel est l'esprit du festival La Tête ailleurs. A la ville, Marinette Kleinclauss et Béatrice Marchal travaillent comme infirmières à l'unité psychiatrique de l'hôpital de Saint-Nicolas-de-Port (Meurthe-et-Moselle). Mais ce soir, avec leurs collerettes en tulle ou dentelle, elles sont clowns et cherchent avant tout à amuser la galerie. A leurs côtés, Jean-Paul, Monique et Jacqueline oublient un temps leurs pathologies.

Sur prescription médicale
Le festival (qui signait sa troisième édition) a été créé à l'initiative d'Arias (Association régionale pour l'inclusion par les arts de la scène) qui, depuis le début des années 1990, mène en Lorraine des actions «permettant l'accès à la scène de ceux qui en sont le plus éloignés», comme le souligne Angelo Chiarello, le directeur du festival. Plusieurs conventions ont été signées avec différentes structures de la région, telles le Centre psychothérapique de Nancy, l'Institut médico-éducatif de Flavigny ou encore l'AEIM de Malzéville, permettant à Arias de mettre sur pied sept compagnies qui répètent chaque semaine avec un professionnel du spectacle.

«Notre objectif est de faire réellement du théâtre. Nous ne faisons pas de soins. Ce n'est pas notre rôle. Nous essayons de mettre en avant l'aspect artistique»
, explique Sibel Kilerciyan, metteur en scène de la compagnie des Cent Lieux. Pourtant, dans certaines structures, on intègre l'atelier théâtre sur prescription médicale. «Il constitue un outil en plus», précise Marinette Kleinclauss, infirmière. «Nous en parlons lors de réunions cliniques si nous pensons que cela peut aider le patient.» Travail sur la mémoire, la confiance en soi, la concentration... Les bénéfices thérapeutiques du jeu sont bien réels. Il n'y a qu'à voir les acteurs sur scène pour s'en convaincre.

Même stress, mêmes émotions
Lors de la seconde partie de la soirée, la compagnie de la Luthinerie, de l'hôpital psychiatrique Ravenel (dans les Vosges) a offert un spectacle réjouissant, T'es mort !, ou l'incursion dans un paradis fantaisiste peuplé d'âmes complètement farfelues. Malgré le stress qui la tenaillait, Stéphanie a fait rire tout le monde avec ses répliques sur les régimes, Carole n'a pas oublié une miette de sa tirade très touchante sur l'amour, et Patrick fut grandiose avec ses mimiques drolatiques quand on lui tirait, au sens propre, les mots de la bouche.

Du côté des infirmières, même stress et mêmes émotions. «Sur scène, nous ne sommes plus des infirmières. Et lors des répétitions, nous sommes traitées de la même manière», affirme Vanessa Fenaux. En coulisses, les soignantes reprennent leurs rôles, gèrent les crises, s'assurent que les traitements sont bien pris. Et s'occupent aussi de tout l'aspect logistique de la troupe: les transports, les repas, le lavage des costumes... «L'atelier change forcément un peu nos rapports avec eux», reconnaît Evelyne Boulay, qui avoue avoir du mal à repasser au «vous» au sein de l'hôpital. L'infirmière participe à l'atelier théâtre depuis plus de dix ans. «Professionnellement et personnellement, ça me fait un bien fou!»

Aurélie Vion

Plus d'informations sur le site du festival La Tête ailleurs.

En photo: une scène issue de T'es mort!, par la compagnie de La Luthinerie. © Aurélie Vion.

 





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