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21|06|2010

Don d’organes: «Il faut faire
preuve de pédagogie»

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«Les proches n'ont plus la même sidération qu'auparavant quand
on évoque le don d'organes. Mais encore trop peu se sont positionnés
sur la question», observe France Roussin.


À l'occasion de la journée nationale de réflexion sur le don d'organes (le 22 juin), rencontre avec une infirmière spécialisée en ce domaine.

France Roussin est infirmière coordinatrice de don d'organes et de tissus à l’hôpital Saint-Louis (Paris). Depuis treize ans, elle occupe un rôle central entre les services d’urgence, de réanimation et les familles.
 
Quel est votre quotidien en tant que coordinatrice ?
Quand un patient en état de mort encéphalique, donneur potentiel, est signalé, on doit créer le lien avec les urgentistes, les médecins de réanimation, les familles, les laboratoires, l'administration, l'Agence de la biomédecine et le procureur pour les questions médico-légales en cas de mort suspecte (crime, suicide, accident de travail ou de la voie publique…). Le reste du temps, je fais de la formation et de l'information notamment auprès des Ibode, des infirmières de réanimation et des Iade (1).
 
Quand il y a un donneur éventuel, quelle est la procédure mise en place ?
Il faut agir dans les 24 heures après le constat de la mort encéphalique car les organes se dégradent vite. Une fois établis le diagnostic clinique de mort encéphalique et l'absence de toute contre-indication médicale au prélèvement, il faut procéder à un examen paraclinique avant de déclarer le décès. On interroge ensuite le registre national des refus (RNR) où figurent les personnes ayant exprimé leur opposition au prélèvement d’organes.  L'entretien avec les proches pour le recueil de l'opposition du défunt au don a lieu, puis on communique avec l’Agence de biomédecine et son pôle national de répartition des greffons (PNRG) afin que les différentes équipes viennent prélever les organes.
 
Comment se déroulent les entretiens avec les proches ?
Cela peut durer cinq minutes comme trois heures. Il faut faire preuve de pédagogie, prendre son temps et adapter son langage à ses interlocuteurs. On commence par expliquer la mort encéphalique dans les moindres détails avant de s’enquérir auprès d’eux d’une opposition du défunt au don d’organes. La population a entendu parler de ce don, il n’y a plus la même sidération qu'auparavant quand on évoque le sujet. Mais encore trop peu se sont positionnés. La coordinatrice et le réanimateur tiennent un rôle majeur vis-à-vis de la population des indécis. Aujourd’hui, en cumulant l’opposition des familles et celle du défunt rapportée par ses proches, on est à 32% de refus sur le plan national et 36% en Ile-de-France. Ceux-ci sont motivés par un manque d’information sur la volonté du défunt ou par des raisons culturelles.
 
Qu’est-ce qui est le plus difficile dans votre activité ?
D’abord, le fait d’être face à la souffrance des familles. On partage avec elles ces moments difficiles car notre rôle est aussi d’accompagner et d’apporter un soutien psychologique. Le non-respect de la volonté du défunt par les proches est dur à admettre quand cela se produit. De même qu’un refus pas vraiment justifié.
 
Mais il y a aussi de vraies satisfactions ?
Oui bien sûr. À l’hôpital Saint-Louis, le don d’organe, c’est une vraie culture d’établissement. On y pratique à la fois les activités de prélèvement et de transplantation. On a la chance de voir les receveurs en salle de réveil.
 
Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une future consœur coordinatrice de prélèvement ?
Je crois qu’il faut surtout de l’envie. Le métier impose d’être solide. Il faut du respect, de l’écoute, beaucoup de disponibilité, savoir décider aussi. Il me semble important d’avoir du recul et une certaine expérience professionnelle avant de faire ce choix de carrière.

Interview et photo réalisés par
Rémi Vaugeois


1- Ibode: infirmière de bloc diplômée d’État. Iade: infirmière anesthésiste.

 


 
Des besoins croissants mais un peu moins de greffes

• 4.580 greffes d'organes ont été réalisées l’an dernier, contre 4.620 en 2008, selon l'Agence de la biomédecine.
• 14 403 personnes ont eu besoin d’une greffe en 2009, contre 13.748 en 2008, 13.143 en 2007 et 12.531 en 2006.
• L’activité de transplantation progresse pour la greffe hépatique (1.047 greffes en 2009, contre 1.011 en 2008) et la greffe pulmonaire (231 greffes du poumon en 2009, contre 196 en 2008). Elle demeure stable pour la greffe cardiaque (359 en 2009, 360 en 2008) mais recule pour la greffe rénale (2.826 greffons en 2009, 2.937 en 2008).
• L’an passé toujours, 1.481 personnes ont été prélevées. 5 % des greffes ont été réalisées grâce à des donneurs vivants. 250 malades sont morts faute de greffe.





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