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Paroles d’infirmières



Qu'elles aient choisi d'opter pour la catégorie A ou la catégorie B, ou encore restent indécises, les infirmières hospitalières que nous avons interrogées mettent la question de la pénibilité du travail au cœur des préoccupations.

« Pas infirmière jusqu'à 60 ans »

Mathilde, 23 ans, infirmière en réanimation chirurgicale à Paris, pense choisir la catégorie A tant « l’évolution de carrière est ridicule aujourd’hui. Une de mes collègues travaille depuis vingt ans et gagne seulement 200 euros de plus que moi ». Du reste, la jeune diplômée ne sera « pas infirmière jusqu’à 60 ans. En réa, on est sur un rythme de travail d’un mois de nuit pour deux mois de jour avec des gardes de 12h à 13h. C’est comme un gros décalage horaire à chaque fois ». À quelques mois de son choix définitif entre catégorie A ou B, Mathilde aimerait surtout « connaître les modalités de la réforme avant de (se) décider. »

 

« Dur de renoncer à la catégorie active »

« Choisir la catégorie A, cela veut dire renoncer à la catégorie active, et ça c’est dur à entendre, assure Valérie, 37 ans, infirmière en salle de réveil à Paris. Il y a un taux important de départ à la retraite en invalidité dans notre métier (4,7% selon le ministère de la Santé contre 25% pour les syndicats, ndlr). Infirmière depuis onze ans, j’ai aujourd’hui trois enfants, je pensais pouvoir partir à la retraite plus tôt mais avec la réforme, je ne bénéficierai de la bonification de quatre trimestres que pour le premier puisque les deux autres sont nés après 2004 » (pour les enfants nés ou adoptés après le 1er janvier 2004, il n’y a plus de droit à bonification, ndlr).

 

« Pas à n'importe quelles conditions »
Maïwenn, 31 ans, IDE faisant fonction d'Ibode en gynécologie-obstétrique à Paris, ne veut pas partir à 60 ans. « L’espérance de vie augmente alors oui, je veux bien travailler un ou deux ans de plus. Il faut donner de sa personne pour participer au changement, d’accord, mais pas à n’importe quelle condition ». Pourvu que les revalorisations salariales annoncées par le gouvernement soient justes (+2118 € net annuel en début de carrière et +3801 € en fin de carrière, incluant traitement indiciaire et primes, ndlr), Maïwenn les juge « acceptables ». Et de poursuivre : « Qu’il y ait un relèvement de notre statut, c’est bien et il est mérité, mais on demande aussi une reconnaissance du niveau d’étude à bac+3 (on fait tout de même trois ans et demi de formation) et le maintien de la catégorie active. Parce que le métier d’infirmière n’est pas passif du tout ! »

 

« Travailler moins en fin de carrière »
Après vingt ans de métier dont quinze en hôpital public, Anne-Marie, 55 ans, infirmière auprès d'adolescents, à Paris, a « du mal à croire aux promesses du gouvernement. Revaloriser les salaires, il y a longtemps que cela devrait être fait. La responsabilité des infirmières est plus importante qu’avant, la charge de travail est plus lourde du fait d’un manque de personnel alors qu’on a des vies en jeu ! On n’est pas des robots ! » Pour toutes ces raisons, « je resterai en catégorie B. Je ne serais pas gagnante à changer de grille indiciaire. Mieux vaut un que deux tu l’auras. La carotte, c’est de travailler plus longtemps pour gagner plus mais dans mon cas je pense que je travaillerais davantage pour gagner pareil ». Et de suggérer sans être dupe : « Pourquoi ne nous proposerait-on pas de travailler progressivement moins en fin de carrière pour tenir plus longtemps, tout en gagnant autant qu’à temps plein ? »

 

« Que les politiques viennent passer une semaine en réa!»
« J’ai l’impression qu’on prétend nous donner le choix mais il n’en n’est rien », s'inquiète Gaëlle, 30 ans, infirmière en réanimation néo-natale à Lille. Elle ne sait « vraiment pas ce [qu’elle] va faire. Si je reste en catégorie B, mon salaire n’augmentera pratiquement pas. Quand on voit le coût de la vie, une retraite à 1200 euros ne suffira pas. Mais après huit ans de métier, j’ai déjà du mal aujourd’hui à faire de vraies nuits de repos. Alors je ne me vois pas bosser comme ça après 55 ans. La pénibilité n’est pas du tout prise en compte dans cette réforme, que les politiques viennent passer une semaine dans un service de réa ! On fait trop de choses en même temps, les médecins sont plus exigeants, on n’est pas à l’abri d’une erreur (…) Je me suis même décidée à prendre une assurance professionnelle !»

 

(Interviews réalisées en septembre 2010)

Propos recueillis par Rémi Vaugeois

 

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