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«Le principal, ce sont les relations humaines»

Marjolaine Dihl
Marjolaine Dihl
Entretien avec David Guillon, infirmier libéral à Nice. Diplômé en 1990, il est également président de la coordination Argil 06 et dispense un cours en Ifsi concernant l’exercice libéral.

Pourquoi avez-vous choisi le libéral ?
Je suis tombé dedans quand j’étais petit ! Mon père et ma mère étaient tous deux infirmiers libéraux. Cela m’a donné une vision de la profession, surtout en termes de relation avec le patient. Quand je suis rentré à l’école d’infirmières, c’était déjà dans l’objectif de m’orienter vers le libéral. Durant mes études, mon expérience en milieu hospitalier ne s’est pas toujours bien passée. A l’hôpital, on se trouve plus dans une relation de subordination entre soignant et soigné. Le patient est à la merci du personnel.
 
Quelles différences entre secteur hospitalier et libéral vous semblent importantes ?
Je déteste le terme « patient ». Je préfère parler de « client ». S’il n’est pas content, il est en droit de « changer de crémerie » et d’aller voir un autre infirmier. Avec la notion de client, on est vraiment dans une relation de service, de qualité, de réponse aux demandes personnelles de la personne soignée. D’autres éléments comptent également, notamment le cadre hiérarchique. Je ne supporterais pas de ne pas être autonome, de devoir répondre aux exigences d’autrui ou de travailler avec des personnes qui n’ont pas les mêmes valeurs que moi…
 
Quels sont les avantages de ce mode d’exercice ?
Pour moi, le principal dans le libéral, ce sont les relations humaines que je noue avec les personnes que je soigne. C’est ainsi que j’ai rencontré mon associé actuel. Il était sur la même longueur d’onde que moi. Il cherchait à quitter le secteur hospitalier pour cette même raison. Pouvoir choisir ses collaborateurs est un grand privilège. Cela ne veut pas dire qu’on trouve obligatoirement le collaborateur parfait. Mais on peut changer si ça ne convient pas.
Autre avantage : nous n’avons pas de médecin au-dessus de nous qui donne des ordres ou pique des crises de nerfs sur ce qu’on appelle le « petit personnel » ! Notre relation avec les médecins relève davantage d’une collaboration.
 
Quelles sont les spécificités propres au libéral ?
En libéral, nous pouvons effectuer un large panel de soins. Cela va du plus simple au plus technique. Il peut s’agir d’une surveillance de prise de médicaments comme d’une pompe à morphine. On choisit soi-même les soins que l’on veut prendre en charge. En service, en revanche, l’infirmière est vite limitée par une spécialité. Par ailleurs, on peut gérer soi-même son emploi du temps ! Sur le plan financier, on gagne un à deux euros par heure de plus que les salariées. Mais on n’est pas limités à 35 heures. On peut aussi travailler de nuit ou les dimanches et les jours fériés, pour lesquels nous avons une indemnité bien plus conséquente que les salariées.
 
Quels en sont les inconvénients ?
Pour une journée de travail, il faut compter trois quarts d’heure d’administratif, soit une demi-journée par semaine. Cela dit, il est possible de n’effectuer que des remplacements et laisser cette charge de travail à d’autres… Un autre problème concerne les avantages sociaux. Ils diffèrent en partie de ceux des salariés. Je conseille d’ailleurs aux femmes qui n’ont pas encore d’enfant de commencer par l’hôpital. Il existe certes des assurances privées, mais cela ne couvre pas le congé parental. Etre son propre patron signifie aussi de trouver soi-même un remplaçant lorsque l’on souhaite prendre des congés… On ne peut pas se reposer sur un chef de service. Et il peut arriver qu’un remplaçant vous fasse faux bond ! Cette question est d’autant plus contraignante lorsqu’il s’agit d’un arrêt maladie. A ma connaissance, rares sont les infirmières libérales qui vont jusqu’au bout de leur arrêt de travail. Elles ont tendance à reprendre beaucoup plus tôt !




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